( texte de serge Brouers)
Je suis un r
ayon de soleil bien remuant
Qui dès l’aube, distribue le matin.
Je pars, je reviens et ne chôme jamais.
Je reste plus ou moins longtemps suivant les saisons :
Je me lève, je me couche, mais ne dors jamais.
J’ai vu des gens saluer mon lever et admirer mon coucher.
Si tu me vois absent, c’est que je brille pour d’autre.
J’ai vu la terre se fendre et cracher du feu avec rage.
J’ai vu le vent violent comploter avec la pluie malfaisante
Pour ravager et anéantir des régions entières.
J’ai vu des forets disparaître pour faire place au désert.
J’ai vu des hommes pleins de haine faire la guerre..
Je suis devenu bien pâle en voyant cet enfant mourir de faim…
Eclairer la haine, la guerre, la famine n’est plus possible.
Aveuglé par cette cruauté, je me prépare à mourir de chagrin
Mais, avant de m’éteindre j’entendis mon père briser le silence :
« Ne meurs pas mon rayon sensible et courageux ; écoute-moi.
Je distribue chaleur et lumière sans discontinuer.
Je m’arrange avec les nuages pour qu’ils éclatent en pluie.
Je m’efforce d’être juste et équitable pour le bien de tous.
Parfois je n’ai pas assez d’autorité, et c’est la catastrophe.
Le vent se fâche te la pluie se déchaîne, les énergies se disputent.
La position de la terre dans le système m’empêche d’être impartial.
Elle tourne comme une toupie inclinée et chemine sur une ellipse.
Mais je tourne sur place pendant que la terre se rapproche ou s’éloigne.
J’éclaire ce que la terre veut bien me montrer.
Inévitablement il y aura des régions fertiles, arides, chaudes ou froides,
Mais de par mon action, je peux rassasier chaque habitant.
Il suffit à l’homme de ne pas être égoïste et de partager.
Voilà, mon fidèle et sensible rayon, ce que j’avais à te dire.
Je te donne lumière et liberté. Va ton chemin trouver le bonheur.»
Et c’est ainsi que enrichi de la sagesse de mon père,
Je l’en suis allé, libre, au hasard des chemins.
J’ai grimpé sur le sommet des montagnes pour en descendre par l’autre flan.
J’ai traversé les océans pour me balancer dans de grandes vagues.
J’ai rampé dans la plaine et sautillé de branche en branche dans les arbres des forêts.
Je me suis efforcé d’éviter les endroits malsains et les mauvaises rencontres.
Puis un jour je me suis calmé, sentant l’appel de mon destin.
Je me suis alors amusé à fouiller le cœur des fleurs
Pour y puiser les parfums les plus exquis et m’en imprégner.
Et ce matin je me sui vautré dans l’herbe
Pour y détacher des gouttes de rosées.
Frais, pur, lumineux, parfumé, je me suis présenté à ta fenêtre
San bruit, sans murmure…Dans le silence, j’ai traversé la vitre
Alors que toi, belle endormie, tu rêve, perdue dans les images magiques.
Je me suis faufilé doucement dans ta chambre dorée
Pour me promener tendrement sur les ondulations de ta chevelure.
Par le jeu de lumière, je me suis émerveillé de ces fils d’or entremêles,
Sur ton front pur et doux je me suis apaisé un moment.
J'ai fait frémir tes paupières feramnt des écrins de perles précieuses.
Et montant sur tes joues plus douces que le duvet, j'ai pensé au printemps
Sur tes lèvres rosâtresj'ai pensé au plus beau coucher de soleil.
Tes yeus se sont ouvert, montrant deux billes azur, chacune nageant dans un lac immaculé...
J'ai demandé au temps d'arrêter son cours précipité pour qu'il garde
Le souvenir de ce moment où je me suis logé dans ton coeur amoureux.
Assoupi dans le fauteuil, j'ai senti la douceur de ta main de fée.
J'ai reçu un tendre baiser et, en souriant, tu m'a murmuré à l'oreille:
"Bonjour, mon rayon de soleil". Et depuis ce jour , je vis dans le bonheur
s, très longtemps, tous les hommes étaient des dieux. Mais les hommes étant ce qu'ils sont, à cette époque déjà, ils abusèrent à un point tel de leur divinité que le maître des dieux, Brahma, décida de leur ôter le pouvoir divien et de le cacher en un endroit où ils ne pourraient jamais le retrouver. Il s'agissait donc de trouver cette bonne cachette.
D'après Raymond Abrezol, La course au bonheur, in Femina, n°46 du 14.11.1993